Rituel Ayahuasca by Richard

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Après les péripéties de sa virée en Australie, Richard nous offre le récit de son voyage spirituel au Pérou :

J’ai rencontré G sous les conseils d’une connaissance qui avait déjà vécu un rituel Ayahuasca sous sa protection. Son expérience a changé sa vision du monde, sa perception d’elle-même et de l’univers.
Quand elle a su que je cherchais à rencontrer un chaman, c’est de tout son cœur qu’elle m’a invité à venir à Urubamba.

Après quelques échanges d’ E-mails, j’ai décidé de venir le trouver le lendemain de ma visite du Machu Picchu.
Pensant vivre mon rituel le soir-même, je quittai Aguas Calientes à jeun et sans eau, un peu avant 8 heures du matin avec 120 soles (32 euros) en poche.
Après 2 heures de marche, j’arrivai enfin à la Centrale Hydroelectrica. De là, je pus trouver un « collectivos »(une alternative locale entre un taxi et un bus) qui en moins de 2 heures et pour 10 soles m’emmena sur les routes sinueuses des montagnes andines, jusqu’à Santa Maria, la ville la plus proche du Machu Picchu et desservie par les différentes compagnies de bus.

Machu Picchu - Rituel Ayahuasca by Richard Aguas Calientes - Rituel Ayahuasca by Richard Centrale Hydroelectrica - Rituel Ayahuasca by Richard

Malgré les recommandations de diète, j’achetai deux clémentines et une bouteille d’eau dans la chaleur ambiante. Il était 12 heures 30 et il me fallait attendre une heure pour espérer voir arriver les premiers bus pour Cusco. Finalement, je me rabattis sur les « collectivos » qui vendaient leur course 25 soles. Apres une bonne demi-heure de dure négociation, de refus et d’attente, le chauffeur m’invita à gagner l’intérieur de son van et je pus rejoindre Urubamba pour 10 soles.

J’arrivai enfin.
Urubamba est une petite ville au nord de Cusco. Comme beaucoup de villes péruviennes, elle est équipée d’une « estación de bus »,d’une « plaza de Armas », d’un « mercado de artesanías », de nombreux petits restaurants locaux proposant « desayuno, almuerzo, et cena » et de nombreux tours opérateurs toujours prêts à soutirer quelques dollars ou soles aux touristes en visite.

Urubamba - Rituel Ayahuasca by Richard Je m’empressai de trouver un téléphone public pour prévenir G de mon arrivée. Après un bref échange, nous prîmes rendez-vous sur la « plaza de Armas » d’Urubamba.
Je rencontrai un homme posé et attentif, qui cherchait à communiquer sa vision d’un monde où chaque chose entre en harmonie avec le reste, un univers tout entier connecté, animé d’une même énergie, un monde où les seules limites de notre perception sont celles de l’esprit, animé par l’égo.

Je retrouvai en ces paroles beaucoup de mes convictions personnelles. Nous prîmes ainsi le temps de nous découvrir à cœur ouvert. Il était important pour lui de comprendre qui j’étais et quelles étaient mes expériences passées pour évaluer les dosages de la préparation chamanique. Et pour moi de savoir entre les mains de qui j’allais m’abandonner. Il s’établit rapidement un réel sentiment de confiance entre lui et moi.
Lors de cet entretien, j’avisai G de mon total dénuement financier et lui proposai de trouver un arrangement autre. Nous finîmes par trouver un accord convenable dans l’idée d’un échange de service.

Rituel Ayahuasca by Richard Finalement, il m’emmena chez lui où je fis la connaissance de sa femme et de leurs quatre enfants. D’autres invités étaient également déjà présents. Un ancien professeur de philosophie et une maître yogi russe, une jeune paraguayenne et un astronome espagnol. Ce dernier nous apprit que la position de la Lune le soir suivant serait dans l’alignement de la constellation du Scorpion ou de la Flèche (je ne sais plus trop), et que cela pourrait avoir une influence bénéfique sur la cérémonie.

Celle-ci fut donc reportée au lendemain et il fut convenu que j’y participerai également. En attendant, on me convia à dîner, la femme de G avait préparé un repas à base de légumes locaux, on mit un lit à ma disposition et on m’invita à finir la soirée autour d’un feu dans la douceur de la nuit, au son des rires et des chants animés par la musique d’instruments péruviens et incas.

Le lendemain matin, un nouveau jour de diète commença, et hormis une mixture à base de céréales et quelques infusions à base de « muña » (une variété de thym local aux vertus bénéfiques pour le transit intestinal), nous n’avalâmes rien d’autre de la journée. Sur les coups de 14 heures 30, nous nous mîmes à préparer la cérémonie.

Tout d’abord, il nous fallait faire un feu, au dessus de pierres qui serviraient plus tard pour le « Temazcal » (un sauna naturel). Le feu allumé, nous aménageâmes la salle de rituel, chaque couche devant être munie de deux grosses couvertures pour la nuit.

À 17 heures 45, la cérémonie commença et tous les participants entrèrent dans le « Temazcal » au centre duquel, on avait disposé au préalable les pierres incandescentes. Pendant trente minutes, nous nettoyâmes nos corps de leurs impuretés dans la vapeur brûlante, le visage recouvert d’argile, le corps suant à grosses gouttes en scandant des chants d’un autre âge, sur le rythme du djembé.

Rituel Ayahuasca by Richard Nous prîmes ensuite une douche glacée qui me tétanisa complètement, mon corps tout entier s’était crispé sous l’effet du choc thermique, il me fallut quelques minutes pour ressentir à nouveau mes mains.
Nous nous réfugiâmes assez rapidement dans la salle de cérémonie où nous nous installâmes un à un sur les couches sous l’orchestration du facilitateur.

La fameuse cérémonie de l’Ayahuasca allait enfin commencer.

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G coupa en plusieurs bouts, dans la longueur, un bois d’une essence particulière et les plaça au centre de la pièce, dans un cercle de pierres. Il y ajouta des feuilles de coca, aspergea le tout d’un alcool et y mit le feu. Les flammes passèrent du vert au bleu et finirent par se stabiliser dans une couleur jaune orangée plus commune.



Il avait disposé tout autour de sa couche, les éléments nécessaires au rituel (il y avait une bouteille d’essence de ?, la décoction d’ayahuasca préparée, des feuilles de coca, du tabac de la « selva », une grande plume de condor, et ses instruments de musique. Il alluma une cigarette (?) et parcourut la pièce pour en souffler la fumée sur chacun d’entre nous en plusieurs points particuliers tout en psalmodiant des prières protectrices. Sa femme fit passer un onguent qu’il nous fallut appliquer sur la nuque et le thorax. Puis le facilitateur disposa devant chacun d’entre nous un seau pour les désagréments à venir.

Rituel Ayahuasca by Richard Ensuite il prit la bouteille d’hayahuasca, la bénit à plusieurs reprises en soufflant la fumée de sa cigarette et en invoquant Jésus Christ, Boudha, Lao Tseu et différentes entités de toutes cultures, mais plus particulièrement de la culture Inca, tel que la Pachamama. Il bénit les verres en terre de la même manière. Il remplit le premier verre à ras bord et me le tendit en me précisant qu’avant de boire, je pouvais faire moi aussi une invocation afin de faciliter l’axe de ma transe. J’émis un souhait et je bus la mixture violâtre et amère d’une traite. Chaque participant fit de même.

Le Facilitateur se mît alors à jouer de différents instruments en tournant dans la pièce et en chantant pour permettre à l’Ayahuasca de mieux prendre possession de nos esprits.

Certains participants s’allongèrent tandis que d’autres restaient accroupis sur leur matelas en attendant d’être emportés par la transe. Pour ma part je fixais, allongé, une étoile haut dans le ciel que j’apercevais d’une fenêtre juste au dessus de moi.

Quelques minutes passèrent avant que les premiers effets n’apparaissent. C’est le philosophe russe qui, le premier, réagit au breuvage. Il se mit à vomir compulsivement dans son seau. Cela annonçait le début de son voyage. Il fut peu à peu rejoint par la jeune Paraguayenne qui semblait vivre un moment de jouissance intense avant d’être saisie violemment par une peur immense qui dessina un masque d’effroi sur son visage. L’astrologue espagnol se mit à vomir à son tour, suivi par la yogi.

J’assistais à ce spectacle étrange de les voir chacun réagir différemment : vomissement, frayeur, plaisir ou délire. Les têtes plongées dans les seaux avant de se reposer sur les matelas, le visage tantôt détendu, tantôt crispé, et le facilitateur qui virevoltait dans la pièce, en entonnant des chants indiens et chamaniques. Sa femme était a présent assise tout près de la jeune paraguayenne qui à l’évidence avait du mal à accepter que l’Ayahuasca prenne possession de son esprit. Elle la tint dans ses bras en émettant un son rythmé très particulier « Shee Shh Shh Shh Shh ».

Nous le reprîmes tel un écho : « Shee Shh Shh Shh Shh ».

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Je semblais bien être le seul à ne pas encore ressentir les effets de la boisson. G me proposa alors un second verre que je bus tout aussi prestement que le premier. Puis, sur ses conseils, je m’allongeai et fermai les yeux. Au bout de quelques minutes, enfin, je commençai à ressentir les premières manifestation : une vibration intérieure intense, mêlée d’un tremblement optique.
J’ouvris alors les yeux et, tandis que je percevais distinctement la salle du rituel, de minuscules formes géométriques assemblées en ruban flottaient lentement dans l’espace. Je fermai les yeux à nouveau et vis de petites chenilles de lumière escaladant les branches d’un arbre aux mille couleurs, puis je sentis à nouveau cette vibration intérieure.


L’Ayahuasca s’insinuait peu à peu en moi.

Des images de « poissons liane » entremêlés formaient un courant naturel qui m’entraînait à lui peu à peu, puis en lui, je m’y diluais. Je me sentis parcourir mes intestins, glisser de mes veines à mes artères, traverser mes organes les uns après les autres jusqu’à mon cœur. Puis d’un élan, toujours emporté par le courant, je parcourus l’espace et le temps. Il me semblait tout percevoir à la fois, le passé, le présent, le futur, tout cela dans des dimensions superposées les unes aux autres, et mon attention, plutôt que d’être prise dans cette confusion, semblait tout capter avec la même clarté. Mon corps avait disparu, il me semblait n’être plus qu’énergie pure flottant dans l’espace, d’une étoile à une autre. Je suivais des directions bien précises qui me semblaient avoir un sens. De l’infini, je m’en retournais à la Terre. Je me sentais tantôt fleur, nourri des rayons du soleil, tantôt d’autres entités dont je peine à garder le souvenir, tantôt la Terre elle-même, riche de sa multitude. Je voyais devant mes yeux la grande sphère d’énergie pure où les anciens esprits étaient venus se fondre et je flottais tout autour.

J’entendais de nouveau des voix tout autour de moi, celle du Chaman, celles de ses instruments, mais aussi celles de ma famille, je voyais les visages de mes proches, tout d’abord celui de la femme que j’aime, puis ceux de ma mère, mon père, mes sœurs, mon frère, mes aïeux, mes amis, je ressentis alors mon corps, des larmes coulaient le long de mon visage tandis qu’un sourire élargissait mes lèvres.
Alors que mon voyage continuait, j’entendais la voix du Chaman, chaque son qu’il produisait avec ses instruments de musique créait de nouvelles images.
Je vis mon corps inanimé flotter dans l’espace et tout autour, dans un tourbillon fabuleux, gravitaient mille plumes. Une lumière intense me rendit aveugle à tout. Dès lors, je ne pouvais entendre dans ce néant plus que les murmures de l’univers. La voix du Chaman me ramena doucement, j’ouvris les yeux, tout le monde était là, le philosophe, la yogi, l’astronome, la jeune fille. La femme du Facilitateur me regardait. Elle s’enquit de mon bien être, je lui souris en retour, me levai saisi d’une envie pressante de sentir l’air frais de la nuit sur ma peau.

Les rayons de la lune pleine éclairaient comme en plein jour. Je m’assis sur le sol, pris une poignée de terre dans ma main et tandis que je levais la tête vers le ciel, une nouvelle fois je sentis des larmes glisser sur ma joue. En rentrant, je m’allongeai. Le Facilitateur s’étonnait que je n’eusse pas vomi jusque-là. Je me sentais bien, et tandis que je replongeais dans mon sommeil, mon voyage se prolongeait aux sons des instruments chamaniques.
Je fus réveillé plus tard par une soif terrible. Ma langue et ma bouche réclamaient de l’eau fraîche mais mon corps épuisé ne pouvait se mouvoir. Je restais ainsi assoiffé, faible, muet, sur mon matelas, au milieu de tous, incapable de rien, dans cette fin de nuit matinale. Je m’assoupis à nouveau.

Lorsque je repris connaissance, ma bouche était un désert de sable aride et sec. Une violente envie me pria d’aller aux toilettes. Mon corps n’avait toujours pas récupéré et je ne pouvais bouger d’avantage, mais mon esprit, un peu plus éveillé, prit le dessus et le força à se lever.
Alors que je me retrouvais debout au milieu de la salle endormie, je sentis l’ayahuasca remonter vers ma gorge. J’eus seulement le temps d’attraper le seau à mes pieds et de faire trois pas vers la porte, qu’elle se pressait déjà entre mes dents. Finalement, je vomis le breuvage dans l’air du petit matin au fond du seau. Noirs et liquides, ma bile et l’ayahuasca retenaient mes démons.

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A propos de l’auteur:



Richard Selha est Photographe indépendant, et Artiste autodidacte.
Vagabond des temps modernes, il partit à la découverte de nouveaux paysages pour se sauver d’un ennui soporifique dans lequel la société actuelle le plongeait.
Il entame un périple « ô tour du monde » le 01/12/13 en quête d’enrichissement personnel et dans le but de nourrir son regard de nouveaux panoramas, de nouvelles cultures, traditions et mode de vie.
Son voyage l’emmènera du Rajasthan des Indes Orientales, aux trésors des sites Inca du Pérou, (en passant par le Népal, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, l’Indonésie, l’Australie, la Nouvelle Zélande, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Chili).

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